Bienvenue chez les riches !
Quelques très riches Français viennent s'abriter en Belgique, où le climat fiscal est attrayant pour eux. Bernard Arnaud, Gérard Depardieu, etc. les exemples ont été largement médiatisés. Cet exil fiscal est très visible dans le petit village de Néchin, à quelques mètres de la frontière française. C'est là que le PTB et le Parti communiste français (PCF) avaient donné rendez-vous pour une action symbolique ce samedi matin.
A première vue, rien ne distingue le village de Néchin d'un autre village de la région frontalière. Rien, sauf que ça et là, on devine de gigantesques villas cachées par de lourds portiques et des murs ou des haies. Et, en ce samedi 4 mai, la présence de nombreux policiers dans les ruelles adjacentes ont dû étonner les habitants...
Il s'agit de la famille Mulliez. Celle-ci est propriétaire d'enseignes connues comme Auchan, Decathlon, Midas, Kiabi, et bien d'autres encore. Le patrimoine de la famille est estimé à... 38 milliards d'euros. Ce qui la place à la cinquième place des plus grosses fortunes françaises.

« Bienvenue chez nous !, lance Raoul Hedebouw, porte-parole national et député fédéral du PTB aux militants français. C'est important que les forces de gauche fassent des actions concrètes ensemble. Le monde financier nous met en concurrence. Nous opposons la solidarité des travailleurs ! On s'est rencontré avec Fabien (Roussel, Secrétaire national du PCF, NdlR) au bar d'un stand de la Fête de l'Huma. Evidemment (Rires). On s'est dit qu'on allait plus agir en commun. »
Taxe des millionnaires et suppression des niches fiscales
Une fois les 400 participants à cette visite originale arrivés, le député fédéral et spécialiste Fiscalité du PTB, Marco Van Hees, explique la matinée : « Ici, on traverse la frontière dans les deux sens. Les travailleurs belges vont en France pour le boulot vu que le travail est moins taxé. Les millionnaires français viennent en Belgique vu qu'ici, c'est le capital qui n'est pas touché. Car la Belgique est peut-être un paradis fiscal pour les riches, mais c'est un enfer pour les travailleurs. C'est pour cela que nous voulons imposer notre Taxe des millionnaires et mettre fin à toutes les niches fiscales qui font que les grosses entreprises ne paient pas ou très peu d'impôts. »

Marco Van Hees est d'ailleurs l'auteur d'une étude de la richesse des Mulliez... et de son amour pour l'exil fiscal, véritable sport familial. (Lire plus ici)
Raoul Hedebouw lance : « Marco Van Hees, qui représente 50 % du groupe PTB au Parlement, va jouer au guide touristique. »
« Allez Mulliez, paie tes impôts »
Les participants suivent Marco. Les jeunes égaient le parcours de chants. Celui qui sera le plus souvent repris étant « Allez Mulliez, paie tes impôts ». Court, mais efficace : répété 100 fois, il reste en tête...
1ère étape.. Marco Van Hees dépose un tract dans la boite aux lettres de l'immense demeure, dont on ne peut que deviner la surface via le toit. Tout le reste est caché par un portique et des haies très hautes. L'habitant ? Guy Mulliez. Cousin-germain du fondateur d'Auchan.
2ème étape. « C'est là que réside Patrick Mulliez, fondateur des magasins de vêtements Kiabi, entre autres. Son groupe a réalisé plus de 382 millions d'euros de bénéfices en 2017. Et a payé... 2 euros d'impôt... » Huée de la foule. Un militant du PCF répond « Vous avez raison, c'est beaucoup trop ! »

3ème étape : juste à côté de la maison précédente. « C'est là que vit une des filles de Patrick. Son mari est à la tête d'Auchan. » Marco a juste le temps de prononcer que les 400 personnes huent. Pour comprendre cette colère envers Auchan, il faut revenir sur le discours d'introduction du Secrétaire général du PCF, Fabien Roussel. « On n'est pas bien ensemble, ici ? L'actu nous a sonné. Le groupe Auchan a annoncé qu'il allait supprimer 720 emplois et une vingtaine de magasins en France. Or, ce groupe reçoit 80 millions d'euros d'argent public par an. »
« Johnny Hallyday est allé au paradis. Son patrimoine aussi »
Fabien Roussel s'était aussi montré heureux de mener cette action avec le PTB. « Au niveau européen, on veut imposer le 0 % aussi. Mais le 0 % de fraude fiscale ! L'“optimisation fiscale” coute chaque année 1 000 milliards d'euros aux pays de l'Union européenne. Et dans notre pays, les plus riches arrivent à ne pas payer d'impôts en créant des trusts. Johnny Hallyday est allé au paradis. Son patrimoine aussi. Avec le PTB, on se battra pour la justice fiscale. »
Marc Botenga prend aussi la parole : « Bonsoir... Euh... » « Il faut l'excuser, on était à un meeting du PTB hier soir à Namur et ça a fini tard... », rigole Raoul.

La tête de liste du PTB pour l'Europe se reprend : « D'après un sondage de la RTBF, 80 % des Belges trouvent que l'UE ne fonctionne pas. Ils ont raison. Il faudra se battre avec la gauche européenne pour la justice sociale et la justice fiscale. En Belgique, tous les partis traditionnels disent qu'ils veulent un impôt sur la fortune européen. Mais qu'ils commencent par le faire en Belgique ! Le patronat a construit son unité. Nous sommes là pour construire la notre. »
Ian Brossat, son homologue du PCF, prend le relais : « Alors que les multinationales et les riches ne paient pas d'impôts, on nous dit qu'il faut qu'on sacrifie nos hôpitaux, nos écoles. Nos services publics sont au régime d'austérité. Et c'est comme ça partout en Europe. C'est pour cela qu'il faut une harmonisation fiscale par le haut, pour toute l'Union européenne. »
Gérard Depardieu à la rue de Gibraltar
On continue la visite. Entre les villas, les maisons sont modestes. Ce qui est surnommé aujourd'hui le « boulevard des Mulliez » est un ancien quartier ouvrier.
Après toutes les étapes, Marco s'arrête devant le bâtiment de l'ancienne douane, devenue une maison d'habitation. Enfin, d'habitation... « Et voici la maison la plus moche de la rue. C'est celle de... Gérard Depardieu. La rue adjacente est la bien nommée Rue de Gibraltar. Un autre paradis fiscal... »
Il est temps de se rendre au complexe sportif du village, où des tentes ont été dressées pour un pic-nic solidaire. Après avoir partagé une bière (« elles viennent bien d'ici, ne vous inquiétez pas ! ») et un sandwich, les participants à cette drôle de visite guidée se quittent. En se promettant de se revoir très vite...