Stop au vol de l’index
Le gouvernement De Wever-Bouchez avait promis de ne pas toucher à l’indexation, mais c’était un mensonge. En plus du vol des pensions, le gouvernement prévoit maintenant le vol de l’index. Des mesures pour lesquelles personne n’a voté. Décryptage.
Avec le vol de l’index prévu par le gouvernement, les salaires supérieurs à 4 000 euros brut ne seraient plus entièrement indexés, de même que les pensions supérieures à 2 000 euros brut.
Des milliers d’euros perdus, non pas une fois, mais mois après mois
La perte d’index n’est pas un événement qui ne se produit qu’une seule fois, elle vous suit tout au long de votre carrière. Par exemple, Koen, un ouvrier métallurgiste de 48 ans, perdra plus de 11 000 euros. Il travaille de nuit et perçoit un salaire brut de 4 893,85 euros. Au premier saut d’index, il perd 17,88 euros, au deuxième 21,47 euros. Ces montants sont perdus pour toujours. Suite à l’indexation, il devrait recevoir ces montants tous les mois. Leur suppression se répercute donc sur tout le reste de sa carrière. Il arrive ainsi à une perte totale de plus de 11 000 euros de salaire brut.
Marie, une laborantine âgée de 36 ans, perçoit un salaire brut de 4 953,43 euros et a encore 31 ans à travailler. Elle va perdre plus de 23 000 euros. Pour certaines personnes qui travaillent en pauses dans les ports ou dans la chimie, la perte s’élève à 50 000 euros.
Ce ne sont pas des exceptions. Selon les premières estimations, 1,3 million d’actifs et 1,2 million de pensionnés perdront des milliers d’euros. On ne sait pas encore exactement qui sera concerné. Le PTB a fait 40 demandes de clarification, mais n’a obtenu aucune réponse. Les questions sur ce qui est ou n’est pas couvert par les montants limites, les questions sur la méthode et la fréquence de calcul, les questions sur les coûts et les recettes : tout cela reste sans réponse. Le gouvernement lui-même ne le sait apparemment pas.
Deux fois un plafond sur votre indexation... et après ?
Le Conseil des ministres parle d’une « indexation par centimes », mais ce terme est trompeur : ils veulent indexer jusqu’à une certaine limite de salaire, par exemple 4 000 euros pour les salariés. Au-delà, il n’y a plus d’indexation. Zéro virgule zéro. Sauf si l’indice repasse au-dessus de 2 %. Dans ce système, les pourcentages ne sont pas remplacés par des centimes, comme dans le cas d’une véritable indexation par centimes. Par conséquent, parler de « plafonnement de l’indexation » est plus correct.
Le plafonnement de l’indexation doit être appliqué en 2026 et 2028. Mais quelle est la prochaine étape ? Une fois qu’un mécanisme de manipulation de l’indexation est en place, il peut être utilisé plus souvent ou de manière plus permanente. Nous avons ressenti cette prise de conscience lors de la semaine de grève en novembre. « Pas touche à l’indexation », entendait-on partout.
Un cadeau aux actionnaires
Le gouvernement table actuellement sur un bénéfice de 1,6 milliard d’euros. En d’autres termes, il veut prélever 1,6 milliard dans les poches de la classe travailleuse. La moitié va au budget, l’autre moitié, le gouvernement De Wever-Bouchez veut en faire cadeau aux entreprises et à leurs actionnaires. Ils écrivent littéralement dans leur accord : « L’autre moitié servira à renforcer la compétitivité internationale des entreprises belges. »
Un raisonnement tordu, car la Banque nationale a déjà émis une évaluation négative après le précédent saut d’index en 2015. Elle a examiné ce que les entreprises ont fait avec le cadeau du saut d’index. Quelles sont ses conclusions ? Elles sont devenues moins compétitives qu’auparavant. Elles ont augmenté leurs prix au lieu de les baisser. Leurs marges bénéficiaires ont atteint des niveaux record. Elles ont utilisé le saut d’index pour enrichir leurs actionnaires.
Ce gouvernement veut faire exactement la même chose. Aucune condition n’est imposée aux entreprises. Elles peuvent faire ce qu’elles veulent avec l’index volé.
Champ de mines juridique
La colère de la classe travailleuse est grande. Toucher à l’indexation revient à supprimer notre seule garantie de compensation de l’augmentation des prix. Les salaires sont déjà bloqués depuis plusieurs années. Seule l’indexation permet encore aux travailleurs de suivre plus ou moins le rythme de l’augmentation des prix du caddie, des fournitures scolaires, etc., qui sont de plus en plus chers. Le vol de l’index touche ceux qui font vraiment tourner le pays : les ouvriers de l’industrie, les infirmières, les cheminots, etc.
Dès que le gouvernement a annoncé le vol de l’index, toutes sortes de questions ont surgi : pourquoi ces limites de 4 000 euros et 2 000 euros précisément ? Le blocage de l’indexation s’applique-t-il également aux travailleurs à temps partiel, et comment ? Les femmes travaillent plus souvent à temps partiel, cela ne causera-t-il pas une discrimination à leur égard ? Qu’en est-il des personnes qui gagnent plus de 4 000 euros grâce à leurs primes de nuit ou de w-e ?
Ce type d’intervention ne peut pas donner lieu à des inégalités de traitement sans justification objective et raisonnable. Dans une enquête, le service d’études du PTB a révélé sept cas possibles de discrimination directe ou indirecte (voir sur www.ptb.be). Ces discriminations violent les articles 10 et 11 de la Constitution.
En outre, une restriction structurelle de l’indexation peut porter atteinte au droit à une rémunération équitable tel que défini à l’article 23 de la Constitution. En particulier lorsque la mesure est largement applicable et durable. Cette intervention peut également violer le droit à la négociation collective (article 23 de la Constitution et normes internationales), étant donné que l’indexation dans le secteur privé est généralement définie par des conventions collectives sectorielles.
Réaction de Peter Mertens, député fédéral et secrétaire général du PTB : « Le gouvernement pensait pouvoir soutirer rapidement de l’argent à la classe travailleuse, mais il semble se heurter à un champ de mines de lois complexes et inapplicables. Cette proposition pourrait également donner lieu à des discriminations et donc à des poursuites judiciaires. Vous voulez mon avis ? Le gouvernement n’y connaît rien. Et il ferait mieux de ne pas y toucher. »
De fausses promesses
Lors des négociations budgétaires en novembre, le président de Vooruit Conner Rousseau s’est mis en tête de magouiller l’indexation : « Vous savez que j’ai proposé une indexation par centimes d’urgence en 2022. » (Het Laatste Nieuws du 8 novembre 2025) Il y a le Vooruit qui avant les élections promet d’être le protecteur de notre indexation, et puis il y a le Vooruit d’après les élections, qui plafonne notre indexation et nous fait perdre des dizaines de milliers d’euros par la même occasion. C’est une arnaque électorale, purement et simplement.
MR, Engagés, N-VA, Vooruit et consorts ne cessent de répéter que le travail doit payer plus. Pourtant, dans les faits, ils retirent de l’argent aux travailleurs. Vol de l’index, vol des pensions, augmentation de la TVA et des accises... La liste des fausses promesses ne cesse de s’allonger.
Des alternatives existent
Les partis de l’Arizona présentent leurs mesures comme étant la seule solution. Ce n’est pas vrai. Des alternatives existent. Il y a de l’argent, et même beaucoup, dans notre pays. Il est tout à fait possible de financer nos pensions et notre sécurité sociale. C’est une question de choix politiques.
Trois mesures pour aller chercher l’argent là où il est
1. Ré-évaluer les cadeaux aux entreprises (3 milliards)
2. Briser le tabou de l’imposition des super-riches et des niches fiscales pour les multinationales (jusqu’à 10 milliards)
3. Réduire toute une série de dépenses militaires et investir l’argent dans les pensions (4 milliards)
Grâce à ces trois leviers, nous pouvons libérer jusqu’à 17 milliards d’euros pour financer la sécurité sociale et faire de la place pour un plan d’investissements publics.
